Introduction (version abrégée(*))
Cet article répond à un souhait de partager ce que j’ai pu vivre avec mes amis « doués » d’un handicap intellectuel. Je vous souhaite de le vivre plutôt que de le comprendre. [...] Je désirais vous le partager par écrit. Comment faire ? Un chemin élégant serait sans doute de raconter les étapes clefs de mon histoire auprès de personnes comme Christian.
Une première rencontre…
La première rencontre date de mes années universitaires.Comme la vie intellectuelle ne se suffisait pas à elle-même. Je devais trouver une autre source de vie sur le campus. Cette source fut une communauté appelée Jérusalem, composée d’étudiants désirant approfondir leur foi. A la fin de l’année académique j’ai eu l’occasion de partir en Turquie avec Hubert van Ruymbeek qui dirigeait à l’époque l’ a.s.b.l. Gratte. La Turquie m’interpellait déjà depuis quelque temps… La rencontre de nouveaux amis surdoués sur le plan relationnel est vite venue au premier plan dans mon enthousiasme. Je n’en revenais pas de nouer aussi rapidement des relations d’amitié simples et vraies. J’étais également épaté par la solidarité qui régnait dans ce groupe de voyage entre personnes « valides » et moins « valides ». Je découvrais sans le savoir que la personne douée d’un handicap mental est source d’unité. [...] Cette expérience devait me marquer pour toujours, et j’en vis encore aujourd’hui. [...] Je n’étais pas encore arrivé au bout de mes surprises … D’autres rencontres allaient suivrent.
Rencontre avec la communauté de l’Arche de Jean Vanier
Une seconde étape décisive advint à la fin de mes études. J’étais dépité de constater que des personnes intelligentes travaillant à l’université consacraient tant d’énergie en conflits stériles. Pourquoi tant de divisions ? La réponse m’a été donnée un jour de fête à l’occasion d’un mariage (je croirais volontiers que c’était à Cana en Galilée là où Jésus fit son premier miracle !). Une amie, présente lors de ce voyage Gratte en Turquie, m’a expliqué qu’elle était responsable d’une maisonnée pour personnes handicapées à Bruxelles et qu’elle cherchait des assistants pour l’aider. L’idée me séduisit immédiatement. Mais était-il sérieux pour un jeune universitaire de passer ses journées avec des personnes considérées comme sans valeur par la société dite raisonnable ? [...] Mais au fond de moi je sentais l’envie d’aller voir de plus près et de répondre à cet appel. [...] Je fis connaissance du foyer de Cana (les noces se prolongent !) et de la communauté de l’Arche de Bruxelles. Je devins ainsi assistant et responsable en particulier de Marc dont j’assurais les levers –avec le changement de ses couches culottes !- et les couchers. Marc avait déjà à cette époque presque entièrement perdu la vue suite à une maladie cérébrale. [...] Une nouvelle étape de vie s’est ouverte à moi. J’ai découvert en moi des ressources insoupçonnées. Cette nouvelle relation m’a transformé intérieurement.
La rencontre de Christian …
Après mon départ de Cana,[...] nous avions convenu que je viendrais souper une fois par semaine à Cana. Et je tenais beaucoup à ce rendez vous « du cœur » hebdomadaire, y compris quand j’ai eu des postes plus éloignés de Bruxelles.
Un jour de printemps, un nouveau venu est arrivé au foyer. Il semblait heureux d’être là, plein de vie. En même temps il semblait abîmé par la vie. [...] Il était avant tout attachant … [...] Il traversait la rue pour m’accueillir avant même que je sorte de ma voiture en criant : « Dirk Frimout ! Dirk Frimout ! … ». [...]J’étais heureux de cette nouvelle amitié « particulière », laquelle n’allait pas sans doutes. Suis-je moi-même « normal » ? [...] L’amitié a donc grandi au jour le jour. Christian a fait d’énormes progrès. Il s’est adapté à sa nouvelle vie en communauté. De mon côté, j’ai fait des progrès en m’humanisant davantage. Nous étions tous les deux heureux de vivre ensemble des week-ends d’activités festives. Nous avons traversé ensemble des décès et des épreuves. Mais ce chemin était un chemin de croissance … Michel nous en a fait part et nous a proposé de nous engager dans une relation de « parrainage » (C’est un mot propre à l’Arche Bruxelles). [...] J’ai pris par la suite mieux conscience des difficultés que Christian avait du affronter. [...] Christian est ainsi devenu mon « filleul ».
[...] Merci de m’avoir suivi dans cette aventure dont je me sens plus spectateur émerveillé qu’acteur. J’espère que cet aperçu vous a ouvert des horizons nouveaux. Je ne peux oublier en écrivant ces lignes que l’Arche est fondée sur le manque. [...] Ainsi se réalisent auprès de nous les versets de l’Evangile « La pierre qu’a rejetée les bâtisseurs est devenue pierre d’angle ».
Jean-Louis
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